Par un froid de papier

Celle qui n'était pas moi.

Dimanche 7 Septembre 2008 à 22h09

Jeudi, je suis allée rendre visite à Adrien après mon dernier examen, histoire que l'on partage une part de gâteau pour notre anniversaire.

Lorsque j'ai quitté son appart, il était encore relativement tôt. Par là, j'entends qu'il faisait toujours clair. Je portais la jolie robe ballon aux motifs géométriques que ma mère m'avait offert en juillet. Je me rappelle que j'étais très sceptique en l'essayant, mais elle avait insisté pour me l'acheter. Avec le temps, j'ai fini par trouver qu'elle me seyait plutôt bien.

Je marchais d'un pas rapide vers le métro. Je marche toujours d'un pas rapide... Surtout dans ce quartier. Il avait peu de monde dans le wagon. J'ai feuilleté un magazine médiocre tout en écoutant de la musique, pour passer le temps. Et je suis descendue à l'arrêt habituel. Celui qui est à quelques pas de chez mon amour. Les gens étaient pressés, même à cette heure du soir. La nuit était tombée, un peu sans crier gare. Tandis que tout le monde empruntait l'escalator, j'ai pris la sortie opposée.

Alors que je montais les marches, j'ai senti une main glisser sous ma robe, le long de ma cuisse, entre mes fesses. En un fraction de seconde, j'ai eu le temps de me demander ce que mon amour faisait là et d'aussitôt me ressaisir ; cela ne pouvait pas être lui. Je me suis retournée et ai observé, médusée, le sourire sadique de cet inconnu avant de hurler de toutes mes forces. Un mélange de peur et de surprise. Il s'est enfouit à tout allure. Moi, je restais pétrifiée. J'espérais juste qu'il ne fasse pas demi-tour. Je l'ai regardé courir.

Quand j'ai vu qu'il empruntait ma rue, je me suis avancée sous la lueur d'un réverbère et j'ai appelé mon amour pour qu'il vienne me chercher. Dans mes sanglots, il n'a comprit que le nom de l'arrêt de métro. Il a couru très vite pour me rejoindre. Il était presque aussi paniqué que moi. Mais quand je lui ai raconté ce qu'il venait de se passer, c'est la rage qui s'est emparé de lui. Il avait croisé le type en sortant de chez nous. Et même si on ne se rappelait que de ses cheveux, il comptait bien faire le tour du pâté de maison pour le retrouver... Il m'a dit de rentrer à la maison et s'est lancé à la poursuite du gars. Je ne savais plus pour qui j'avais le plus peur.

Je suis rentrée chez nous, et j'ai attendu. Attendu. Attendu. Après quelques minutes, il est m'a rejoint, essoufflé. Il ne l'avait pas retrouvé. Alors, il s'est occupé de moi. Il était tellement en colère contre ce type et contre tous les tarés dans son genre. Et en même temps, il était si heureux qu'on ne m'ait à peine touchée. Il m'a apaisée, doucement. Et nous sommes allés dormir.

Le lendemain, je suis allée boire un verre avec Lore et Diane. Je n'étais vraiment pas rassurée en prenant le métro... Tous les hommes avaient soudainement les cheveux bouclés et sales. J'en ai parlé aux copines. Lore m'a conseillé d'aller porter plainte contre x. Mais bon, avec des cheveux et un sourire, pour une "main aux fesses" (parce que même si ce n'était pas qu'une main aux fesses, en résumé, on pourrait dédramatiser), on irait pas bien loin...


Aujourd'hui, ça va. Plus ou moins. Je ne sens plus ses doigts poisseux sur ma peau. Bien sûr, le comportement de cet homme était inacceptable, mais je me dis que ça aurait pu être tellement pire.


Je ne sais pas. On se dit toujours que ça n'arrive qu'aux autres. Et puis, rien que cela, ça rappelle qu'on n'est pas si intouchables que l'on croit...