Par un froid de papier

It's not only Rock'n'Roll, Baby !

Mercredi 27 Août 2008 à 23h08

Bruxelles, le 10 juillet.

« It’s not only Rock’n’Roll, Baby ! est l’exposition électrique de l’été qui révèle pour la première fois une autre histoire du rock – celles de musiciens, d’artistes nés dans le monde de l’art. Une vingtaine d’icônes de la musique sont réunies ensemble pour la première fois, non pas pour un concert mais pour présenter leurs œuvres visuelles. Il ne s’agit pas d’un mouvement mais d’artistes qui ont chacun une démarche singulière et qui abordent l’art et la musique comme un corps commun, une unité de pensée. Des artistes qui montrent comment deux formes d’expression, pourtant différentes, sont indissociables. » (BOZAR)

Ainsi, pour tout passionné de rock et d'art contemporain, cela semblait être l'exposition à ne pas manquer. Comme nous y avions accès gratuitement grâce à nos bracelets de Werchter, mon amour et moi sommes allés au musée.

Dans le hall Horta se tenait l'installation de Yoko Ono, qui était si mal mise en évidence – bien qu'elle comblait tout l'espace – qu'il a fallu que nous feuilletions un livre de l'expo pour nous rendre compte, grâce à une vue aérienne, qu'il s'agissait de cercueils en bois à l'intérieur desquels poussaient de petits arbustes. C'était symboliquement très joli mais si banalisé...

Dans la première salle, il y avait le travail d'Alan Vega : des crucifix ornés de guirlandes lumineuses et de détritus trouvés dans les rues de New York. Les installations de Bianca Cassadi se trouvaient dans la pièce à côté. J'aime vraiment beaucoup la musique de Cocorosie, mais j'ai du mal à me dire que l'œuvre de Bianca peut être qualifiée de telle. Il y avait des mannequins de supermarchés affublés de perruques fluos, de guirlandes de laine et de bouts d'écorce en guise de sexe, des photos aux yeux tippexés et des gribouillis sur des feuilles brouillonnes. En ce qui concerne Miss Kittin, cela ressemblait plus à des inscriptions adolescentes du genre "Fuck Berlin, Yo". Plus loin, il y avait des images sordides de Chicks on Speed, de la nudité crue, juste pour choquer. Dans le même esprit, il y avait les dessins maculés de sang de Pete Doherty et les installations absconses de Kembra Pfahler. Comme si déranger était le seul mot d'ordre de l'art. Enfin, les dessins ridiculement simplistes ne valaient pas mieux. Nous aurions vraiment apprécié avoir une petite note explicative... Nous avions tellement l'impression que les musiciens n'avaient pas prit cette exposition au sérieux et qu'ils avaient donné quelques feuilles de leur cahier, quelques ratures que l'on fait pour passer le temps, histoire de satisfaire le commissaire, qui lui, voyait cela comme du génie juste parce que la plupart avait fait les beaux-arts... Sérieusement, si ces gens n'étaient pas connus pour leur musique, jamais ils ne l’auraient été pour leurs œuvres visuelles. Ils auraient tout au plus échoué dans un asile psychiatrique.

Mon venin craché, je peux cependant reconnaître le talent de quelques personnes. Patti Smith, d'abord, qui exposait une série de polaroids très touchants. Pas du tout transcendants d'originalité, mais chaque photographie était un souvenir un peu empreint de mélancolie, comme ce tambourin que lui a offert Robert Mappletorpe.

Je suis également tombée sous le charme des tableaux de Riceboy Sleeps. Des fenêtres sur des traits délicats, des photos qui n'y ressemblent pas.

Puis, mon amour et moi sommes restés au moins un quart devant l'œuvre de Brian Eno. C'était un pur bijou. Un tableau mouvant, qui changeait au fil des secondes, mais si imperceptiblement, que nous ne remarquions la transformation qu'une fois effectuée et non durant la mutation. C'était vraiment époustouflant et hypnotique. Une des rares raisons de ne pas regretter le déplacement.

Enfin, pour clôturer la visite, nous avons assisté à un petit bout du concert un-plugged de Fisherspooner. Bien loin du souvenir que Dour 2006 m'en avait laissé...