Par un froid de papier

Zaterdag.

Samedi 19 Juillet 2008 à 0h16

Werchter, le 5 juillet.

Aux festivals précédents, nous étions souvent l’un près de l’autre, sans le savoir, puisque nous ne nous connaissions pas encore. Pour Radiohead au Pukkelpop, pour Muse à Werchter. Mais cette année, les choses ont changées.

Tu es assis dans l’herbe juste à côté de moi. Des sourires et un peu de fumée au bord des lèvres. Il y a MGMT au Marquee. On s’en fiche. On discute, on rit, on s’impatiente. On est juste heureux d’être là. Ensemble.

La brume de tes yeux inonde peu à peu le ciel. Des nuages perchés à califourchon sur une masse couleur poussière pleurnichent au compte-goutte. On abdique. Tu enfiles ton poncho, j’enfonce ta casquette sur ma tête et on se dirige vers le Marquee. Il est quinze heures et des brouettes. Band of Horses, loin des Hives.

Ensuite, Editors. Du Interpol en papier mâché. Tu as les tempes de pluie. Le ciel qui dégouline. Après le concert, on s’assied sur des dalles boueuses et on regarde danser des ponchos de pacotilles. On fume des clopes, de l’herbe, on se sert l’un contre l’autre, pour se tenir chaud. La tête sur ton épaule, je t’écoute parler. J’aime ta voix, et plus encore quand tu parles de choses sérieuses. Alors on converse, on constate un peu moins d’inégalités entre flamands et francophones à Werchter — un tout petit peu moins, on s’indigne de notre gouvernement, on s’insurge contre les flamingants. Puis on a faim, alors on mange des hamburgers devant Kings of Leons.

Après, les choses sérieuses commencent réellement. Ben Harper, époustouflant. Sigur Rós, féerique. Et enfin, Radiohead. Après quarante minutes de bousculades éreintantes. Des peaux qui me collent. Mais tu es contre ma nuque. Exténué. Mais tu me protèges. À chaque début de chanson, tu me hisses du bout de tes bras pour que je voie la scène, Thom Yorke, Jonny Greenwood, le groupe, les jeux de lumières, en vrai. Et malgré la fatigue, c’est un moment merveilleux que l’on partage...

Vers 1h30, le concert s’achève. Une nuit pour revenir à la réalité. On quitte l’amas de festivaliers. On s’assied sur des cailloux. Il ne pleut plus. À nos pieds, des gobelets en plastique éventrés, des bouteilles et des restes de nourritures. Je regarde tes sourcils froncés par la douleur. Je voudrais la chiffonner, la jeter à nos pieds avec le reste. Je t’embrasse juste les arcades sourcilières, le front et la bouche. Tu me souris et m’aide à me relever. Tu marches vite, moi sur la pointe des pieds. Mes talons me font trop souffrir.

On arrive au bus, puis à la gare. Une nouvelle nuit dans cette gare courbatue... On somnole dans les bras l’un de l’autre, à même le sol, secoués par quelques frissons ponctuels. Le froid. Je n’aurais jamais voulu revivre ça sans toi. À cinq heures, le premier train. Et bientôt, le repos. Quant aux souvenirs... Est-il nécessaire de préciser qu’ils resteront inoubliables ?