Par un froid de papier

Portrait.

Vendredi 25 Avril 2008 à 14h39

Voici le résultat du reportage sur Jean-Marc le boulanger, réalisé lors du premier semestre. (Réflexion en prime...)


 

 

 

 

 

 

Soleil gracile dans une campagne retrouvée, je soupire la fin de mon après-midi et panique à l’arrivée du soir. L’atelier du boulanger n’est pas comme je l’imaginais. Derrière les briques, je le devinais plus petit, plus farineux et moins sophistiqué. Nous sommes samedi et aujourd’hui comme tout autre week-end, Jean-Marc, ledit boulanger, doit honorer deux commande : la sienne et celle d’un de ses confrères. Il coure dans tous les sens, son apprenti passant le balais dans son sillage. Cachée derrière le pied de mon appareil, je suis telle une araignée au plafond ; je dérange sans déranger. J’observe les machines, les ustensiles. Je les photographie pour leur charme d’antan, leur forme, leur matière ou l’évocation, subtile ou non, du métier que je file. Et puis surtout parce que les objets ne fixent rien. Parfois, j’ose empiéter un peu plus sur l’espace de travail de Jean-Marc, figer ses mains, suivre ses gestes, comme s’il s’agissait d’un pétrin mécanique. Mais le photographier est bien plus compliqué qu’immortaliser l’immobile. Problème de mise au point, flous de bouger beaucoup trop flous, incapacité à capter le regard et cette obstination à faire l’avant-plan net et l’arrière-plan flou alors que ce n’est pas la consigne.

Une semaine s’écoule. Du temps, du recul. Les cheveux vides, la cerne jusqu’aux genoux. J’essaie d’emmêler du mieux que je peux les référents et les essais passés pour sinuer et mieux étreindre ce que je veux. Un vaste flou. Du relief. Je ne photographie plus uniquement les objets et les mains de Jean-Marc, je tente des portraits à mi-cuisse, m’intéresse au résultat de tout ce travail, papote un peu et me réjouis de découvrir l’envers du décor. Je capture des images parce qu’il le faut, parce que je les trouve à mon goût, ou parce que j’ai trouvé un moyen de transposer une caractéristique de mes référents à quelque chose qui concerne mon travail. Il y a notamment cette similarité entre le pain sortant du four et la Lune. Je trébuche toujours aux mêmes obstacles, mais j’évolue.

Le lendemain. Matin. Les nuages sont silence et Jean-Marc, absence. Je patiente dans le garage de l’atelier avec l’apprenti. On fume des clopes, à l’arrachée, pour se réchauffer. Il me parle de son boulot, de sa moto, de ma sœur. Vers 10 heures, la camionnette de livraison s’arrête enfin devant le magasin. Je ne perds plus beaucoup de temps, trois heures plus tard, je quitte l’atelier avec, sur les mains, un peu de farine car j’ai mis la main à la pâte et en mémoire, des photos aux lumières plus bleues qui me plaisent moins, des images du magasin, mille essais d’un pétrin en fonctionnement à différentes vitesses et des portrait où le regard est présent. Il y en a des classiques et un que je préfère car plus spontané. Il est malheureusement, comme dans son métier, trop dans l’ombre. Je réessayerai. Je recommencerai aussi un mouvement à une vitesse plus adéquate. Et je ferai correctement l’exercice de la profondeur de champ. Les idées sont là.

Concernant le choix de la couleur ou du noir et blanc, j’opterai pour la deuxième option. Il me semble que la matière est mieux rendue ainsi, que ce soit pour les ustensiles, les machines, la pâte, les pains, la peau, ou l’ensemble. Le seul problème est que l’inexistence de la couleur fait perdre de sa saveur au chocolat, gaufres et autres douceurs. Mais mon but est plus de rendre l’aspect plastique que de donner l’eau à la bouche, donc tout va bien.