Rapatriée pour le week-end dans ma chambre d’adolescente, j’entasse une pagaille de souvenirs dans de grandes caisses en carton. Les vieux cahiers et les magazines se font marcher dessus par les cartes postales, les bibelots et des bijoux devenus trop enfantins pour crédibiliser mes vingt ans. J’extermine les journaux, les cours de mathématique et les bouteilles de soda périmées. Je sauve l’inutile, le dessin que Violette a fait de moi, mes affiches de films démodés, les reproductions de peinture expressionnistes et surréalistes, les souvenirs de Montmartre, les cartes de danse classique et de Rimbaud, mes roses séchées, les pics à cocktails, les bracelets de festivals et de vieilles lettres.
Dans une boite à chaussures, j’ai retrouvé un cadavre de mousseux. Sur l’étiquette, j’avais écrit « Saint Valentin 2006, Ben », plus en guise de souvenance que de trophée. J’étais si désabusée à cette époque. Il me semble que cela remonte à une autre vie. Une vie dans laquelle je n’aurais jamais pu espérer rencontrer Sébastien…
S é b a s t i e n
Cela fait plus de six mois qu’Il s’appelle ainsi, et j’ai le pressentiment qu’Il se prénommera toujours comme ça. (1)
Notre première Saint Valentin n’avait rien avoir avec le naufrage des cœurs et la noyade de nos tristes solitudes. Au matin, j’avais collé plusieurs post-it à son intention dans l’appartement et à midi, j’étais allée lui acheter une sucette en forme de cœur. À mon retour, au soir, il avait répondu à chaque post-it et il avait collé un énorme mot d’amour au mur. Sur le temps que je finissais de coller les photos dans l'album qui allait devenir le nôtre, il est allé au magasin. Je lui ai offert quand il est rentré. Il lui a fait très plaisir. Après le repas aux chandelles — une délicieuse tarte salée préparée avec amour —, il a filé à l’étage et m’a demandé de l’y rejoindre en tirant, au passage, sur l’écharpe d’or. Une pluie de cœur m’a assaillie. En haut de l’escalier, j’ai découvert la chambre illuminée de bougies avec un cœur découpé au plafond par un abat-jour qu’il avait confectionné plus tôt dans la journée. Il a sorti le champagne de l’armoire et des cerises au marasquin. Et je ne pense pas que nous ayons fini notre coupe avant de faire l’amour.
C’est fou, le pouvoir d’évocation d’une simple bouteille de Prince Henry…
Je n’ai plus que deux ou trois choses à ranger, une trousse de maquillage, mes appareils photos désuets, le narguilé de Turquie, des sets de peinture ; et il faut que je trouve une place pour les gerberas que maman m’a offert. Je pourrai bientôt installer le vieux tourne-disque où se trouvait le lit d’appoint et Sébastien pourra un jour venir flâner le long des sentiers de mon village…
(1) Maya... :)